samedi 4 juillet 2009

Les pérégrinations d'un jeune noble borênan en Libreterre - 27

Nous bûmes le thé aussi vite que possible. Il était brulant, doux et délicieux. Ledane me guida pour trouver l'atelier des tailleurs. Une toute petite dame âgée aux cheveux argentés m'accueillit avec un bon sourire.

- Professeur Fronin ! C'est un plaisir de faire votre connaissance. Voilà pour vous. Un manteau de soie, doublé de coton. Vous pouvez ôter la doublure en été.

Il était magnifique, d'un blanc de neige et d'une douceur merveilleuse au toucher.

- Il est très beau, Dame.
- Oh, ce n'est pas grand chose. Prenez en soin néanmoins. Mais n'ayez crainte. Votre nom est brodé à l'intérieur. Si vous l'égarez, on vous le ramènera.

Je le revêtis.

- Tu es superbe, me dit Ledane, les yeux brillants.
- Il vous va fort bien, ajouta la tailleuse.
- Merci du fond du coeur, Dame.

Je suivis à nouveau Ledane qui, courant presque, m'amena à une petite salle au rez-de- chaussée du Havre : Une pièce lumineuse, garnie d'épais tapis, de tables basses et de nombreux poufs ou m'attendait une dizaine de personnes, sept humains parmi lesquels trois dames, deux kitlings minuscules se ressemblant comme deux gouttes d'eau et un taurin gigantesque, qui dominait tout le monde d'une bonne tête. Ils étaient tous, à voire leur manteau brodé, edrulains. Ils me saluèrent avec courtoisie et chaleur. Ledane me présenta, un homme servit le thé et coupa en fines tranches un pain chaud à l'odeur délicieuse.

Nous commençâmes par parler des repas à Borêne, des habitudes alimentaires, des règles de politesse liées à cela. Souvent, l'un d'entre eux m'interrompait pour me demander de préciser le sens d'un mot. Je dus faire appel à deux reprises à l'aide de Ledane pour avoir le terme libreterran correspondant.

Ils se montraient extrêmement respectueux à mon égard. Il était visible que mes propos les étonnaient souvent, les choquaient parfois. Mais ils ne pipaient mot de leur surprise. Ils étaient là pour apprendre, attentifs et studieux. Je notai qu'une jeune femme avait affectueusement laissé sa main entre celles, immenses, d'un autre homme, probablement un guerrier, au vu de la gigantesque cicatrice qui traversait son visage. Ce début de matinée passa vite jusqu'au moment où le taurin leva la main pour réclamer la parole.

- Excuse, Professeur, mais la préparation du repas est venue l'heure. Je propose à toi d'ensemble y aller et ainsi nous pourrons parler à continuer
- Continuer à parler
- Excuse, Professeur.

Ils se levèrent comme un seul homme, joignirent leurs mains à hauteur de la poitrine et, se tournant vers moi, l'un après l'autre, inclinèrent la tête en me disant solennellement merci.

- Merci de m'avoir écouté, Sœurs et Frères.

Je les accompagnai jusqu'à la salle à manger, qui était à l'opposé de celle où j'avais dîné avec Étoile et ses amis l'autre soir. Les deux kitlings, tout contrits, vinrent vers moi.

- Nous sommes des mangeurs de chair, Professeur, dit le premier.
- Nous sommes donc dans l'obligation de te laisser, dit le second.
- Croyez-bien que nous en sommes très désolés, reprit le premier.
- Toit à fait désolés. Honteux même. Mais notre nature est ainsi.
- Auras-tu l'exquise bonté de nous pardonner ?

Je souris.

- Bien sûr, mesdames.
- Heu... Nous sommes des mâles, Professeur.

Et sans plus de commentaires, ils tournèrent les talons. Ils marchaient d'un même pas. Ils étaient de la même taille. Sans leur manteau, même leur mère ne devait pas les différencier. J'entendis un gigantesque rire étouffé derrière moi. Je me retournai. Ledane et les autres étaient hilares.

- Pardonne nous, Fronin. Sache que nous aussi, sauf aux bains, nous avons le plus grand mal à différencier les hommes des femmes.
- Alors comment doit-on les appeler ?
- Par leur nom. Ou quand tu veux t'adresser à plusieurs que tu ne connais pas, tu les appelles 'Chats', tout simplement.
- Chats ?
- Chats, oui. Cela n'a rien de vulgaire ou d'insultant.

Nous entrâmes dans la salle à manger. Il y avait déjà un grand nombre de gens, très affairés autour de monceaux de légumes, de fruits, de grands sac de farine, de pots de toutes sortes.

- Que dois-je faire, Ledane ?
- Que sais-tu faire ?
- En cuisine ? Rien. A la limite éplucher un fruit.
- Et bien, trouve toi une table où on épluche des fruits. Tiens, là, je crois qu'il y a des gens qui préparent une compote.

Comme dans les grandes maisons lors de notre voyage entre le port et la Tour, je retrouvai cette impression de voir chacun à sa place, sans qu'un maître d'œuvre ne fut nécessaire, dans une ambiance amicale et enjouée. Le temps passa vite jusqu'au repas. Je compris que nous étions également en train de préparer le diner et que seuls certains, ceux qui seraient disponibles peu avant le diner, se chargeraient de mettre la soupe à chauffer et des quelques tâches à accomplir au dernier moment.

Le repas en lui-même était un instant joyeux. Sans aller jusqu'aux fou-rires des « mangeurs de chair », les bons mots et les aimables plaisanteries fusaient de toute part. Nombreux étaient ceux qui allaient de table en table, heureux de retrouver des frères et des sœurs d'armes revenus récemment à la Tour. Je fus surpris de voir qu'aucun ne parlait de la mission qu'il venait d'accomplir. Les morts récentes -et je compris qu'il y en avait- étaient juste évoquées, sans que les circonstances des disparitions ne soient détaillées.

Je remarquai que Ladorne, toujours accompagnée du fidèle Lordel, mangeait dans cette salle. Elle était accompagnée de plusieurs maîtres edrulains, souvent des gens d'âge mur, à l'exception d'une femme qui semblait très jeune. Leurs manteaux étaient des chefs-d'œuvre absolus de broderie.

Après le repas, la vaisselle fut réalisée en un tour de main par les magiciens et j'aidai à ranger les assiettes, gobelets et couverts.

En sortant de la salle à manger, je rejoignis la maison de Maitre Karg. Il me salua avec chaleur.

- Te voilà donc professeur, Petit. Qu'enseignes-tu ?
- Le borênan et les mœurs borênanes. Je suis surpris qu'on consacre du temps à apprendre à des gens de guerre les réalités du pays dans lequel ils vont aller.
- Les méthodes de lutte des edrulains sont inefficaces sans le soutien de la population. J'ai entrepris de classer mes livres en verougue. Je dois en avoir trois ou quatre mille. Voudras-tu m'aider durant ce temps ? Nous parlerons Libreterran pendant ce temps.
- Je dois vous laisser à seize heures pour recevoir ma première leçon de magie.
- Ha. Toi aussi, tu es magicien.

Je perçus de la tristesse dans sa voix.

- Ils disent que j'ai ce qu'ils appellent le don. Je ne sais rien de plus. N'ayez crainte, rien ne viendra diminuer mon intérêt pour les livres.
- Je le souhaite vivement, mon garçon, mais peut-être n'auras tu pas le choix. Un magicien doué n'a plus un instant à lui, tu sais.
- Néalanne me semble avoir beaucoup de temps en ce moment.
- Néalanne n'est pas une magicienne douée.
- Vous la connaissez ?
- Bien sûr que je la connais. Je l'apprécie beaucoup. Elle est une des rares ici à venir me voir. Elle me ramène parfois des livres de ses voyages lointains. Elle aime bien la poésie. Elle est jolie quand elle lit
- Elle n'est pas jolie, elle est belle. Et elle l'est tout le temps.

Nous parlions en Libreterran tout en faisant des piles de livres. Tout cela dégageait de la poussière qui envahissait la pièce, gênant notre respiration et piquant les yeux. Je gardai un œil sur la grande horloge présente dans la pièce. Quelques minutes avant seize heures, je saluai maître Karg. J'étais recouvert de poussière. Je rejoignis Ledane dans sa chambre qui m'attendait en compagnie d'un thé fumant.

mercredi 1 juillet 2009

Cadeau !

Pour fêter le premier anniversaire du blog, Fronin verra désormais ses aventures publiées deux fois par semaine, le mercredi et le week-end.

Le récit approche de la fin, j'espère terminer le livre pour fin juillet pour une publication pour la fin de l'année (il faut laisser un peu de temps à mes correcteurs).

Il va falloir commencer à trouver des idées pour le tome 2 ou pour une autre histoire dans les Folandes...

Merci de me lire.

Les pérégrinations d'un jeune noble borênan en Libreterre - 26

Abasourdi, je regagnai ma chambre. J'y entrai. Il y faisait noir comme dans un four. Je me déshabillai et, nu, je m'allongeai sur mon lit. Je sursautai et poussai un cri. Il y avait quelqu'un.

- Hein, quoi, qui est-ce ? dit une voix en Libreterran
- Vous êtes dans mon lit !

Une minuscule boule de lumière apparut, flottant au dessus d'une petite main. Ledane était là.

- C'est toi ! Mais où étais-tu donc ?

Je me relevai promptement, pris le premier vêtement que je trouvai et le mis devant moi

- Ne sois pas ridicule, Fronin
- Que faites-vous là ?
- Ce que j'ai promis et qu'on m'a demandé de faire.
- On vous a demandé de dormir dans mon lit ?!?

Elle rit.

- Que tu es drôle, Fronin ! J'avais promis de te rejoindre ce soir. Je suis venue. Il n'y avait personne. Je me suis assise sur le lit et j'ai du m'assoupir. J'ai passé ma journée à travailler les sorts d'illusion, c'est épuisant. Lâche ce vêtement et viens, s'il te plait.
- Je... je crois que je vais remettre cette chemise.
- Fais ce que tu veux mais viens dormir.

La lumière déclina rapidement. J'étais allongé sur le flanc, lui tournant le dos. Elle s'approcha, mis sa main sur mon ventre, se plaqua contre moi et je sentis son souffle léger dans mon cou. Je ne trouvai pas le sommeil. Tous les évènements de cette journée, la nouvelle extraordinaire de cette action pour ramener ma mère ici, les propos de Néalanne, le contact doux et infiniment agréable de cette jeune femme contre moi, sensation délicieuse que je découvrais, tout cela m'empêchait de dormir.

Je trouvai finalement le sommeil au bout de longues heures d'insomnie. Je fus réveillé par Ledane qui me caressait les cheveux en me secouant légèrement.

- Fronin, Fronin ! Mais quelle marmotte tu fais !
- Hmmm... C'est quoi, une marmotte ?
- Un animal qui dort longtemps, comme toi. Lève toi. Nous devons aller aux bains et prendre le premier thé. Allez, debout, paresseux !

Elle se pencha vers moi et m'embrassa sur le nez. Sa chemise était ouverte et me laissa entrevoir ses petits seins aux larges aréoles brunes, une vue délicieuse pour commencer la journée.

Je me levai et la suivis, tout ensommeillé. Il y avait grand monde aux bains. J'hésitai un instant avant d'ôter ma chemise. Je croisai le regard de Ledane et je lus sur ses lèvres « Allez, Fronin, il faut le faire ». Une fois nus, Ledane me tendit un seau de bois. Je la suivis dans une salle en pierre pleine de vapeur. Le long d'un des murs de la pièce, de petits bassins permettaient aux gens présents de remplir leurs seaux, avant se laver, debout, sans aucune gêne. Il y avait là de très jeunes gens, presque des enfants, des adultes jeunes ou dans la force de l'âge, de toutes les races. Nombre d'entre eux étaient superbes. Je me retins de rire devant des kitlings mouillés qui ne semblaient guère apprécier ce moment.

- Il fait faire vite, Fronin. Nous n'avons que peu de temps. Voici du savon.

Elle se mouilla le corps en se renversant un seau d'eau sur elle, le remplit à nouveau, s'enduisit le corps de savon en se frottant énergiquement, avant de se rincer. Elle s'ébroua comme un chien, ravie de cet instant. L'opération n'avait pas duré plus de deux minutes. Elle sortit quelques instant avant moi. Quand je la rejoins, elle était parfaitement sèche et était en train de revêtir sa robe. Elle posa son doigt sur mon torse, prononça un mot. Je sentis comme un souffle d'air chaud parcourir ma peau et, l'instant d'après, j'étais sec, à l'exception de mes cheveux encore un peu humides. Elle prit ma chemise encore poussiéreuse, la secoua et me la rendit, miraculeusement propre. Je la suivis dans le couloir.

- Ça fait du bien, non ?
- Oui. Sur Borêne, pour prendre un bain, il fallait faire chauffer de l'eau pendant des heures. Elle était souvent froide une fois le baquet rempli. On n'en prenait guère plus d'un par mois. Comment se fait-elle que cette eau soit chaude ? Et comment arrive t'elle jusqu'à cette pièce ?
- Tu demanderas aux nains qui ont construit tout cela. Je crois qu'il y a des sources chaudes sous la Tour. Après, c'est une sombre histoire de tuyaux et de pression. Un nain a essayé une fois de m'expliquer tout cela mais je n'entends rien à toute cette technologie.
- Ce ne serait pas plus simple avec de la magie ?
- Non, les enchantements permanents sont très complexes et épuisants à réaliser.

Elle s'arrêta devant ma porte.

- Habille toi vite

Je le fis aussi vite que possible. Je la suivis jusqu'à sa chambre, meublée de façon identique à la mienne. Sur l'étagère étaient posés quelques bijoux tous simples : un collier de cuir avec une petite aigüe-marine, une paire de boucles d'oreilles en argent, un anneau d'or très fin. Sur la table, il y avait quelques feuilles de papier griffonnées, un carnet épais relié de cuir et une cruche d'eau. Un bouquet de lavande et de menthe fraiche laissait planer dans la pièce une odeur délicieuse. Dans un coin, un petit brasero en terre cuite était posé à même le sol, à coté d'un fagot, d'une théière sans anse noire de suie, de trois gobelets en terre et de quelques petits pots. Ledane disposa quelques branchettes sur le brasero, qui s'enflammèrent rapidement. Elle emplit la théière d'eau, de thé et de feuilles de menthe.

- Comment faut-il faire pour avoir un brasero ?
- Il suffit de le demander à un artisan potier, dit-elle en haussant les épaules, comme si ma question était stupide, ce qui était sans doute le cas.

Quand le thé fut chaud, elle plaça sa main à proximité de la théière, qui se souleva toute seule et versa le thé dans deux gobelets.

- Il y a du miel pour ton thé si tu veux
- On ne mange pas rien d'autre le matin ?
- Non, pas au premier thé. Le cours commence avec le deuxième thé et le partage du pain aux fruits. C'est une coutume agréable. Fais vite, s'il te plait. Il nous faut encore passer prendre ton manteau de professeur avant de nous rendre là où tu donneras ton cours.
- Et toi, que vas-tu faire ?
- Je viens avec toi. Je parle aussi borênan et je pense être utile. Et moi aussi, j'ai envie d'apprendre des choses sur Borêne.

samedi 27 juin 2009

Les pérégrinations d'un jeune noble borênan en Libreterre - 25

- A dos de dragon ?
- Nous entretenons avec les dragons d'excellentes relations depuis la guerre de libération.
- Alors, cela signifie que ma mère va revenir sur Libreterre ?
- C'est ce que je pense également.
- C'est une merveilleuse nouvelle, Néalanne. Merci infiniment
- Je n'y suis pour rien. Ce sont Ladorne et Lordel qui sont à l'origine de cette idée et c'est Lordel qui est en train de faire le nécessaire pour organiser l'opération.
- Il ne me reste plus qu'à prendre congé et vous souhaiter bonne nuit.
- Reste avec moi, s'il te plait.

Son visage était devenu grave et triste. Elle me tendit la main.

- Non, Néalanne, non. Je vous en prie.
- Pourquoi ? Pourquoi, Fronin ? Vais-je devoir te supplier à genoux de me prendre dans tes bras ? De me caresser ? De m'embrasser ? De laisser libre cours à ton désir ?
- Vous n'êtes qu'une tentatrice. Arrêtez, je vous prie
- Non, je n'arrêterai pas. Je suis lasse, Fronin, je suis fatiguée. Je connais ta passion, je la sens, je la vis au plus profond de moi. Personne ne m'a jamais aimé comme toi, personne, jamais. Alors, il suffit, jeune homme. Si vous êtes aussi noble que vous prétendez l'être, il est temps de faire preuve de courage et de me prouver votre ardeur au combat, Sire Fronin. Combat dans lequel vous ne risquez pas grand chose, d'ailleurs.
- Vous m'avez dit un jour que Ladorne et Lordel ne pouvaient s'aimer. Leur mission primait sur cela. Ce n'est pas notre cas ?
- Non, ce n'est pas notre cas. Je ne suis pas Ladorne. Je ne suis qu'une petite espionne blessée qui a besoin de repos et de tendresse et tu n'es, pour le moment, qu'un futur apprenti guérisseur. Probablement doué, sans doute, mais un apprenti !
- Vous savez bien que là n'est pas le problème
- Bien sur que je le sais ! Sire Fronin me veut pour lui seul ! Sire Fronin veut que je sois son épouse, fidèle, silencieuse et que je ne lance des sorts que pour nettoyer ses vêtements et sa masure ! Sire Fronin n'accepte pas l'idée que d'autres me touchent et m'aiment ! Sire Fronin veut être mon seul et ultime amant ! Et bien, Sire Fronin se trompe sur toute la ligne !
- Dame Néalanne se moque de mes sentiments ! Dame Néalanne se moque de l'éducation que j'ai reçue ! Dame Néalanne croit pouvoir jouer avec moi et me jeter ensuite quand elle n'en aura assez ! Dame Néalanne n'a que faire de ma peur d'être maladroit et peut-être ridicule !
- Tes sentiments ! Mais si je m'en moquais, comme tu le dis si bien, crois-tu que je serais en train de t'implorer avec autant de rage de laisser tout simplement libre cours à ta passion ?
- Vous être une courtisane. Vous savez admirablement jouer de vos charmes.
- Mais ce n'est pas possible ! Je rêve ! Ou plutôt, c'est un cauchemar ! Oui, je suis une courtisane. Oui, je sais admirablement tromper autrui. Oui, je sais tout à fait faire croire à un homme que je suis éperdument amoureuse de lui, pour me l'attacher et en faire un esclave d'amour. Mais je ne le fais jamais sans raison. Crois-tu que je prenne plaisir à ce genre de choses ?
- La dernière fois que je vous ai répondu oui à cette question, votre réponse fut cinglante et ma joue en garde un souvenir fort cuisant! Je choisirai donc me taire cette fois
- Fronin, que veux-tu de moi ?
- Vous avez répondu à cette question
- Tu sais que ce n'est pas possible
- Allons, restons-en là. Restons les excellents amis que nous sommes.
- Ce n'est pas ce que tu veux.
- C'est vous qui ne voulez pas ce que je veux. Il va de soi que si vous vous engagez, votre fidélité ira de pair avec la mienne. Je ne prendrai pas de concubine, je serais loyal.
- Mais que sont des propos de marchand borênan que tu me tiens là ! Et pourquoi ne pas signer un contrat ? Ta fidélité, je n'en veux pas ! Nous sommes magiciens tous les deux. Combien de siècles allons-nous vivre, Fronin ? Deux ? Trois ? Plus ? Tu as envie que notre histoire finisse comme tant d'autres en d'autres îles que celle-là ? Que nous soyons ensemble uniquement par habitude et par souci du respect des convenances ? Mais nous serions alors la risée de tous. Ou plutôt non, on serait triste en nous regardant car, ici, on ne se moque pas des amours qui meurent.
- Oui, je sais, sur Libreterre, on ne se moque jamais de rien.
- As tu déjà vu une femme heureuse sur Borêne ? Veux-tu que nous allions en parler à ta mère ?
- Laissez ma mère en dehors de tout cela, je vous prie.
- Revenons-en alors à cette maudite notion de fidélité. Je ne dis pas qu'il n'est pas possible que notre amour dure aussi longtemps que nous. Mais ne me demande pas de faire un pacte sur ma vie comme le ferait un vulgaire démon. Mais considérons cette fidélité (ce mot dans sa bouche semblait être la pire horreur qu'elle pouvait prononcer) comme acquise. Dans ce cas, je serais donc la seule femme que tu auras aimée dans toute ta vie ?
- Mieux vaut en aimer une de tout son coeur que mille l'espace d'un instant ou d'une nuit
- Belle expression, Sire Fronin. La colère vous rend poète
- Je ne suis pas en colère, Néalanne. Je n'en dirais pas autant de vous
- Oui, je suis en colère. J'étouffe de rage, j'ai envie de te prendre et de te rudoyer jusqu'à que ces idées stupides te sortent de la tête pour ne jamais y revenir.
- Et songez-vous à ce que sera mon malheur quand, après vous être joué de moi, je vous trouverai dans les bras d'un bel edrulain ou d'un autre de ces libreterrans magnifiques ?
- Mais pour qui me tiens-tu, à la fin ? Pour une catin insatiable qui passe d'un amant à un autre comme une ogresse avale les plats qu'on lui sert, sans même en percevoir le goût ?
- Depuis que nous sommes ici, je ne compte plus ceux que vous avez embrassés ou étreints !
- Oui, bien sur, tous les hommes ou garçons auxquels je donne un baiser, fut-il amical ou affectueux, sont un jour passés dans mon lit ou y passeront. Sans compter ceux que j'ai aimés à la va-vite, dans un buisson ou sur un tas de foin, voire plusieurs à la fois quand j'en avais envie !
- Cessez de vous avilir, par pitié.
- Parce que c'est s'avilir que de se donner ? Bien sur, l'amour est bestial, sale, répugnant ! Les gens de Borêne et tes amis verougues t'ont décidément bien éduqué ! Traiter sa femme pire que son chien, donner son fils en gage d'un traité qu'on se respectera pas, laisser mourir un pauvre à sa porte alors qu'on dort sur un tas d'or acquis sur le travail d'autrui, massacrer tout un un village de gens qu'on considère inférieurs, voilà de belles marques de civilisation ! Mais faire l'amour juste parce qu'on a envie, parce qu'on se plait, pour échanger de un peu de tendresse et de chaleur, juste pour le plaisir simple d'un moment de bonheur, voilà qui est vil, impur, vulgaire !
- Et laisser de pauvres mercenaires défendre sa terre au péril de leur vie pendant qu'on se prélasse au soleil et qu'on fornique sans amour, cela est noble, grand, beau !
- Ce ne sont pas des mercenaires. Ils défendent cette terre car ils l'aiment ! Tu as tout à apprendre, Fronin !
- Cessez avec cela ! Apprendre, apprendre, toujours apprendre ! J'en ai marre d'apprendre, de devoir fouler aux pieds ce que je crois, d'être considéré comme un pauvre petit borênan qu'on tolère en dépit de ses idées fausses et de ces principes idiots !
- Nous ne te tolérons pas, Fronin. Tout le monde ici te respecte. Il y en a même qui t'aiment et qui se désolent de voir le peu de considération et de respect que tu t'accordes.
- Qui m'aiment, dites-vous ?
- Oui, qui t'aiment, Fronin.
- Et qui donc ?
- Mais es-tu incapable d'entendre ce qu'on te dit ? Sais-tu voir autre chose que tes maudits livres ? Tous les Libreterrans que nous avons croisés depuis notre départ de Borêne, ce pays où tu vécus tant d'instants délicieux, Lordel, les marins, les gens des villages que nous avons traversés, louent ta gentillesse et admirent ta capacité à apprendre ta langue.
- Le bel hommage que voilà. Nous nous comprenons à peine ! Et il ne s'agit que d'amitié, au mieux d'affection.
- Et moi !

Un silence se fit, comme une tempête qui s'achève brutalement.

- Comme vous ? Vous... vous m'aimez ?
- Imbécile ! Regarde-moi, vraiment, Fronin, regarde-moi sans vouloir à tout prix voir en moi celle que tu veux que je sois.
- Mais... pourquoi ne me l'avoir jamais dit ?
- Mais quel besoin est-il de te le dire ? Tu ne le vois donc pas ?
- Je n'ai pas vos pouvoirs pour lire au fond des cœurs.
- La peste soit de tes doutes, Fronin de Borêne. Crois-tu qu'il est dans mes habitudes de m'offrir par charité, comme on donne l'aumône à un pauvre ? Ne vois-tu pas la tendresse que je porte ? Mais que faut-il faire, que faut-il dire, que veux-tu entendre ?
- Je ne sais plus. Essayez un instant de me comprendre. Vous semblez faire si peu de cas de votre honneur
- L'honneur ! Il ne manquait plus que ça. Je n'ai pas d'honneur, Fronin. De l'orgueil, certes, et peut-être en trop grande quantité. L'honneur est une monstruosité inventée par les puissants pour que les humbles puissent croire posséder quelque chose. Je te parle de tendresse, d'affection, de plaisir, peut-être de bonheur et tu me parles d'honneur !

Elle s'assit brusquement, la tête en arrière, ferma les yeux et laissa tomber ses bras de chaque coté du fauteuil.

- Ce combat me brise, Fronin. Je ne sais plus quoi te dire. Je ne sais plus où est la vérité. Il y a une seule chose dont je suis sure, c'est de ton amour, du mien et de la rage avec laquelle tu construis ton propre malheur.
- Cela en fait trois.
- Pardon ?
- Cela fait trois points et non un
- Crois-tu vraiment que l'heure soit à plaisanter ?
- L'humour est la politesse du désespoir

Elle me regarda, sourit tristement et secoua la tête.

- Je t'aime, Fronin. Sincèrement. Vraiment. Pas comme tu le voudrais, certes, mais je t'aime, crois-le.

mardi 23 juin 2009

Compte-rendu d'une partie de Jeu de Rôles : Sauvez les neuf baronnies !

Ce qui suit est le comtpte-rendu d'une partie de Barbarians Of Lemuria, l'excellent jeu de rôles de Simon Washbourne, traduit en français par Kobayashi et illustré par le Grumph. Il est important de préciser que nous ne jouons pas dans l'univers de Lemuria mais dans mon propre univers des Folandes et les joueurs incarnent des personnages plutôt altruistes (mais pas complètement désintéressés non plus ;-) ).

Les neuf baronnies, du fait de l'intelligence politique des neufs barons alliés depuis plusieurs siècles, ont pour le moment été préservées de la guerre civile (et de la conquête progressive de l'île par les verougues) qui fait rage sur Borêne. Leda, jeune espionne edrulaine, y a été envoyée pour une mission soi-disant facile de "prise de température" de l'endroit. Elle a découvert (un peu par hasard) un infâme complot de la part des non moins infâmes verougues qui semblent avoir commencé à placer leurs pions au sein de ce pays. En effet, la force de l'armée des neuf baronnies, l'épaisseur et la solidité du mur des Neuf qui sépare ces terres du reste de Borêne sont telles que les verougues ne peuvent les attaquer sans les affaiblir au préalable.

Mais présentons d'abord notre groupe de joyeux aventuriers :

- Julius Alexandrius : Ancien capitaine de la garde de Port-Franc, une ville libre de Borêne, c'est un homme à l'esprit rigide qui voue à la loi un respect absolu, même s'il s'autorise quelques entorses à ce principe, que sa dialectique inépuisable justifie parfaitement : Ainsi, il ne pille pas les cadavres de ses ennemis mais effectue des "prises de guerre" et ne vole pas leur or mais collecte des "fonds mal acquis pour mieux défendre la loi".

- Wandalark est une jeune femme (hé non, pour une fois, elle n'est ni méga-canon ni hyper sexy) avec un passé assez confus d'acrobate, de serveuse d'auberge et de pirate. Arrêtée par Julius sur le port du marché car elle vendait des saucisses grillées sans licence, elle a été emprisonnée puis condamnée à 30 jours de prison, en grande partie du fait de son insolence au tribunal. Ses talents de cuisinière l'ont sortie de prison au bout de quelques jours, car le conseil de Port-Franc affrêtait un bateau pour aller sur Libreterre chercher une cargaison de vin et un cuistot manquait à l'appel. Wandalark est la spécialiste des blagues dites d'auberge et oublie de se taire aux moments les plus opprtuns.

Ces deux là (Julius en tant que responsable de la sécurité) se sont donc retrouvés sur un bateau de commerce qui a été coulé par une galère verougue à proximité des cotés de Libreterre. Sauvés par les libreterrans, accueillis avec beaucoup de chaleur humaine et de gentillesse par les natifs de cette île mystérieuse et surprenante, nos deux compères (et un troisième rangé des aventures depuis) ont accepté d'aller sauver Leda capturée par les pirates, ce qu'ils ont réussi avec brio. (Le scénario est ici) Ils ont pris connaissance des informations qu'elle détenait sur la situation des neuf baronnies et, à la demande des chefs de Leda, ont décidé de partir sur cette partie de Borêne. Continuons notre présentation du groupe :

- MiaFrr, alias Nyafrou, un kitling (homme-chat) alchimiste s'est joint à cette paire infernale. Sauvé par les Edrulains d'une mort certaine, il n'a pas pu refuser quand ces derniers lui ont demandé de travailler pour eux. Spécialiste des engins de guerre, bon archer, médecin, artiste à ses heures, modèle d'élégance, sorte d'intermédiaire entre un Léonard de Vinci jeune et le Chat Botté, il a été rapidement surnommé ... Léopard de Vinci.

- Leda (PNJ) était danseuse dans différents bouges de différents ports avant de se mettre au service des Libreterrans,. Dans le genre garçonne (elle se déguise souvent en adolescent), elle est plutôt jolie. Bagarreuse d'élite, connaissant bien les neufs baronnies pour y avoir passé pas mal de temps, elle sera une aide précieuse pour les trois autres. Elle est membre de l'ordre des Edrulains, un ordre Libreterran de guerriers-magiciens-espions aux méthodes bien peu conventionnelles (en gros, tous les moyens sont bons) qui essaie -avec succès pour le moment- de protèger leur ile et les Folandes de la folie meurtrière des verougues.

La première destination de ce quatuor singulier est la baronnie de la Côte d'Argent. Cette dernière est calme et prospère. Son baron, Lubin (60 ans), vient de fêter son mariage avec une jeune et très belle princesse du grand nord, Ludvina. Le problème de Lubin est qu'il doit avoir un héritier (ou une héritière) avant ses 65 ans, sans quoi le pouvoir sera transmis au Cardinal Jocaste, un abominable fanatique religieux raciste et obtus, ce dont les Libreterrans ne veulent en aucun cas.

Les aventuriers découvrent que les habitants de la baronnie craignent comme la peste des prédicateurs au service de Jocaste, qui promettent à tous un sort funeste s'ils ne se rallient pas à leur maître. Ils ne savent pas encore qu'il arrive qu'un prédicateur peut tuer un individu en le désignant du doigt...

MaiFrr prend le temps d'acquérir chez différents apothicaires et marchands cinq tonnelets, du salpêtre, du charbon de bois, du souffre et mélange savamment tout ça.

Un peu plus tard, ils assistent sur la place à une pièce de théâtre donnée sur la place de la ville par des kitlings ménestrels qui appartiennent à un peuple d'artistes voyageurs appelés les chats errants. La pièce se moque avec beaucoup d'humour des prédicateurs. Elle est interrompue avec fracas par des gros bras qui s'en prennent à un jeune kitling membre de la troupe qui tendait son chapeau aux spectateurs pour collecter quelques pièces. Le sang de nos aventuriers ne fait qu'un tour et ils commencent à rosser les malvenus, des brutes épaisses qui portent tous une broche avec une feuille de chême en argent, symbole du dieu Unique dont Jocaste est un bien mauvais représentant.

Pendant la bagarre, survient Jocaste qui, pointant le doigt vers Leda, hurle "Meurs". Cette dernière suffoque et s'effondre, blessée. Miafrr, qui s'est discrètement éloigné (il aime pas la bagarre, c'est salissant), décoche une flèche sur le prêtre et l'abat (Note du MJ : une réussite critique et un gros jet de dommage. Plutôt que de jouer un point de vilenie qui aurait permis à Jocaste de survivre -c'est quand même le boss prévu pour la fin-, je décide de le laisser mort et de partir sur autre chose). Les derniers gros bras debout s'enfuient. MiaFrr soigne Leda et découvre un dard minuscule planté dans son cou.

Wandalark et Julius interrogent un gros bras, moyennant quelques claques. Ce dernier se révèle être un ex-délinquant, embauché par les prédicateurs pour faire "régner leur ordre". Julius fouille Jocaste, le déshabille et découvre un cobra noir tatoué sur l'épaule. Curieux symbole pour un prêtre de l'Unique ! A ce moment survient la milice, avertie par les gros bras, qui embarque Julius, Wandalark et Leda. Miafrr s'éclipse sur les toits.

Au poste, les trois se font copieusement passer à tabac (Julius : "Ce sont des amateurs. Moi, quand je passe à tabac quelqu'un, ça ne laisse pas de trace"). Dans la nuit qui suit, Miafrr échappe à nouveau à la milice venue le ceuillir à l'auberge où il prenait un peu de repos. Trouvant refuge sur les toits, il aperçoit ses camarades embarqués dans une grosse diligence-fourgon cellulaire , soi-disant pour être emmenés chez le baron pour interrogatoire. Horreur, le conducteur n'est autre qu'un des gros bras de la veille, revêtu de l'uniforme de la milice ! La diligence démarre mais c'est jour de marché et elle avance peu vite, permettant à Miafrr de la suivre sur les toits. Elle s'arrête bientôt dans la cour (close) d'un hotel particulier ou une trentaine de gros gras solidement armés s'apprêtent à venger leurs camarades rossés la veille. Miafrr n'hésite pas. Il jette un tonnelet de poudre dans la cour. Leda aperçoit le tonnelet, se jette sur Wanda pour la mettre à terre, alors que Julius est resté dans le fourgon. Le tonnelet explose, mettant hors de combat la plupart des gros bras, blessant légèrement Wanda, Leda et Julius qui ont tôt fait de neutraliser leurs adversaires restants, de récupérer les clés de leurs chaines et de se défaire de ces dernières. Rejoints par Miafrr ("t'as rien trouvé de plus discret pour nous sauver ?"), ils s'enfuient, récupèrent leurs affaires à l'auberge (dont le manteau de Leda, qui peut atteste de son état d'Edrulaine).

Se glissant dans une audience publique du baron, ils réalisent que ce dernier rend sagement la justice et ne semble pas être un mauvais bougre. Une fois l'audience terminée, Leda se montre en manteau. La jeune baronne s'agenouille devant elle. C'est une adoratrice de Lokar, le dieu des Libreterrans qui, par son message de tolérance et de paix, commence à séduire de plus en plus de bonnes âmes partout dans les Folandes.

La baron est fort ennuyé. Il a devant lui ceux qui ont tué le grand Cardinal. Même si ceux-çi lui ont ainsi rendu service, il ne peut pas passer l'éponge. Il ne peut pas non plus se permettre de tuer des alliés des Edrulains qui aident les neuf baronnies et qui se vengeraient de façon expéditive de cet acte. Julius parle alors du tatouage. Le baron leur propose alors "Investissez la demeure de Jocaste, trouvez les preuves de sa félonie et je passe l'éponge. Bien sur, si vous étiez amenés à être tués ou capturés, je nierai formellement avoir eu contact avec vous" (Note du MJ : Oui, c'est une grosse ficelle. Mais bon, il était à peu près trois heures du matin et il fallait bien en finir ;-)).

L'attaque de la maison de Jocaste (une grande batisse fortifiée en pleine cambrousse) mériterait un long récit à elle toute seule. Les tonnelets de poudre se sont révélés fort efficaces. Nos aventuriers ont fait grand massacre de gros bras avant que Julius et Leda soient mis hors de combat par leur chef (Note du MJ : 3 en agilité, 3 en mêlée, Trait 'Expert à l'épée', c'est un peu trop pour un seul homme, surtout face à des aventuriers un peu fatigués). Pendant ce temps, les traits empoisonnés pleuvent sur eux et sifflent à leurs oreilles sans les toucher. En désespoir de cause, Wandalark fait exploser leur dernier tonnelet de poudre. Apparait alors sur le sol un petit démon tout vert et très laid -et très mort-, muni d'une sarbacane et de traits empoisonnés, lequel sera identifié après leur retour chez le baron par le bibliothècaire comme un "Ridiculus Démonicus Invisiblus Sarbacanus" (Note du MJ : J'étais fatigué et j'assume le grotesque de la dénomination). La découverte d'un traité de conjuration des démons dans une cache secrète du bureau de Jocaste, le cobra noir (symbole d'une secte de vérougues encore plus affreux que les verougues standard -si, c'est possible-) tatoué sur l'épaule du chef des gros bras sont autant de preuves de la duperie de l'infâme cardinal.

Les aventuriers sont félicités par le baron qui leur reproche néanmoins l'état de la maison de Jocaste, propriété de la baronnie. Leda, usant de son influence sur la baronne, lui explique discrètement qu'il est essentiel qu'elle ait un enfant mais qu'il n'est absolument pas nécessaire que son mari en soit le père. Il y a suffisament de beaux chevaliers dans ce château et Lokar ne lui tiendra pas rigueur de ce petit coup de canif (nécessaire pour la bonne cause) dans le contrat de mariage.

Pour info :

La carte des Folandes est ici (Les neuf baronnies constituent la partie sud de Borêne, séparée de Libreterre par un petit bras de mer (à peine 80 km, soit une petite journée de bateau un jour de vent favorable).

la carte des neuf baronnies est ici (c'est de l'artisanat !)

Mes notes sur les neufs baronnies. Les informations présentes peuvent être communiquées aux joueurs, même si je préfère personnellement les dévoiler au fur et à mesure :

En conclusion, toujours autant de régal à jouer à BOL, que ce soit coté MJ ou joueurs. Le système des professions est vraiment génial pour typer et créer le background des persos et le système tourne vite et bien (A noter qu'on a joué sans magie pour le moment, les règles ne me conviennent pas).

En conclusion, un petit montage réalisé par la joueuse de Wandalark. (C'est un pdf de presque 2 Mo et il peut donc être un peu long à charger mais ça vaut très largement le coup d'attendre)

Grand merci aux trois joueurs pour cette surperbe nuit (21:30 à 05:00 du matin) de JdR.

lundi 22 juin 2009

Quatre personnages prétirés pour BOL

Lors d'une discussion récente sur un forum, quelques vieux rolistes dispensaient des conseils à un jeune Maître de Jeu sur l'art de gérer les personnages pré-tirés.

Avec des jeux simples comme le sublimissime Barbarians Of Lemuria (dont je ne dirais jamais assez de bien, tant le système qui le sous-tend est, à mes yeux, proche de la perfection rolistique), il est aisé de demander aux joueurs le temps de recopier sa fiche de perso à partir d'une fiche pré-remplie. Cela permet de s'approprier la fiche de personnage et de modifier quelques caractéristiques si elles ne conviennent pas.

Voici donc quatre personnages pré-tirés pour BOL. Peste la guérisseuse courtisane, Tarkan le marin barbare, Lenolan l'archer pisteur et Nelwenn la riche menestrelle. Pour les utiliser, il suffit d'imprimer la première page de ce document, de la retourner et d'imprimer la seconde. Deux coups de ciseaux et vous avez là quatre personnages prêts à distribuer.

Pour ceux qui désirent les modifier où utiliser ce modeste concept, voici le fichier (au format Excel) original.

samedi 20 juin 2009

Les pérégrinations d'un jeune noble borênan en Libreterre - 24

Je courus comme un fou. La nuit était effectivement tombée depuis longtemps déjà. La cour du Havre était presque vide. J'arrivai devant la porte de la chambre de Néalanne, le souffle court et en nage, et frappai. Une voix joyeuse dit « Entrez ». J'ouvrai la porte. Néalanne était assise dans son fauteuil et Ladorne et Lordel l'étaient sur le lit.

- Je suis très sincèrement désolé, dis-je en Libreterran
- Nous avions parlé de nous retrouver AVANT le diner, jeune homme.
- J'étais avec Maitre Karg. Nous avons parlé de livres et...
- Oh, ça, je n'en doute pas un seul instant. Et tu te sers de mots que je tu ne connaissais pas ce matin, ce qui est fort agréable à entendre. Puisque tu as manqué le diner, tu t'en passeras, cela te servira de leçon. Bon, je crois qu'il n'est pas nécessaire de te demander si tu as passé une bonne journée ?
- Merci de m'avoir présenté Maitre Karg, Néalanne... Et merci également pour la promenade de ce matin.

J'avais pris soin d'utiliser des remerciements de même intensité. Elle me désigna le lit et je m'assis tous près de Ladorne. Il émanait de sa chevelure une délicieuse odeur de fleurs et je me sentis honteux, tout suant que j'étais.

- Fronin, me dit Ladorne de sa voix si douce, nous aurions besoin de toi.
- De moi, Dame Ladorne ? Mais je ne sais rien faire qui puisse vous être utile.

Néalanne leva les yeux au ciel et soupira.

- Je te l'avais dit, Ladorne, il est incorrigible.

Ladorne sourit et se tourna vers moi.

- Si. Nous avons besoin de gens qui parlent borênan pour l'enseigner à nos apprentis et à nos edrulains. Ton ile, Fronin, va subir de nouvelles attaques de la part des verougues dans les temps à venir. Nous allons devoir y envoyer plus des nôtres. Et ils devront connaître la langue et les usages des tiens.
- Mais je parle à peine Libreterran !
- Néalanne se chargera d'enseigner les bases du borênan. Les gens qui viendront assister à tes leçons sauront déjà parler ta langue et c'est dans ta langue que tu t'adresseras à eux. Bien sur, ce travail te vaudra le titre de Professeur.
- Ce qui signifie concrètement ?
- Absolument rien. Ah si, les Professeurs qui ne sont pas edrulains -ils sont rares- reçoivent un manteau blanc, juste brodé d'un fil d'argent.
- Et quand commencerai-je ?
- Et bien, dès demain, à l'heure où commencent les cours, vers sept heures et demie. Nous nous arrêtons vers dix heures pour la préparation des repas et tu pourras librement disposer de tes après-midi, y compris pour rendre visite à Karg ou faire ce que tu as envie de faire.
- Quand commencerai-je à apprendre la magie ?
- L'enseignement de la Magie commence par des choses très simples, utiles au quotidien : Nettoyer ses vêtements ou une salle, purifier de l'eau, déplacer lentement de petits objets à distance. Nos jeunes apprentis doivent également les règles d'éthique qui accompagnent l'usage de la Magie. Toi qui est un adulte, tu seras dispensé de cela. Il te faudra lire le livre « Ethique de la Magie », qui est généralement un peu difficile pour nos jeunes élèves, mais que tu dévoreras avec bonheur. Je pensais à la jeune Ledane dont tu as fait la connaissance pour t'apprendre ces bases. Elle parle bien ta langue, elle est douée et, faute d'enseignant disponible, elle n'a pas grand chose à faire en ce moment. Je lui en ai parlé au diner et elle est très contente de le faire. Tu la verras demain en fin d'après midi dans sa chambre. Essaie de ne pas te perdre dans les pages d'un livre, cette fois-ci. Je te souhaite une bonne nuit, Fronin.

Elle se leva et Lordel fit de même. Ce dernier leva son bras et Ladorne posa sa main sur la sienne et ils quittèrent la pièce tous les deux. Néalanne bailla.

- Bon, sur ces bonnes paroles, il ne me reste plus qu'à me coucher.
- Je vais donc vous laisser
- Ce n'est pas ce que je te demande.
- C'est néanmoins ce que je vais faire, en vous priant, une fois de plus, d'accepter de m'excuser pour ce retard
- J'y consens, malgré l'envie que j'ai de te tirer les oreilles. Préférer les pages poussiéreuses d'un livre à un diner avec Ladorne, c'est non seulement impardonnable mais stupide, Fronin. Tu n'en auras pas souvent l'occasion. Ladorne est très sollicitée et n'a que peu de temps à accorder à chacun.
- A ce point ?
- Où crois-tu qu'elle soit partie ?

Je me sentis rougir.

- Heu, se coucher, je suppose, avec... heu... avec Lordel et... enfin, vous voyez ce que je veux dire
- Oui, je vois ce que tu veux dire et ce n'est pas la peine de rougir ainsi, espèce d'âne pudibond. Mais tu te trompes. Elle se rend au conseil des Maitres, qui a lieu tous les soirs. Elle en sortira sans doute au milieu de la nuit, après avoir débattu en tête en tête avec certains d'entre eux sur les points qui nous préoccupent en ce moment. Elle ira dormir -je dis bien dormir- peut-être avec Lordel quelques heures et se lèvera à l'aube pour travailler avec quelques étudiants, avant le lever du soleil et le premier thé. C'est une heure propice pour certains enchantements. Et toute la journée, elle se consacrera à nous, apprentis, edrulains, maîtres et tous les habitants de la Tour. Sans jamais prendre un instant de détente, sinon pour méditer et prier.

Je baissai la tête, honteux.

- Et prends un bain, s'il te plait. Tu es pire qu'un gamin à cet égard. Je ne suis pas ta mère pour devoir te le rappeler tout le temps
- Voilà une évocation qui n'est guère heureuse, Dame Néalanne, dis-je, les dents serrées.
- Je me l'autorise à dessein, Fronin. Nous allons aller la chercher. Il n'est pas question de la laisser se morfondre dans ce maudit château au milieu de gens qui la détestent ou la méprisent.
- Que dites-vous ?
- Tu as parfaitement entendu. Nous avons parlé de cela en t'attendant. Lordel mènera l'opération. Il y aura aussi des kitlings qui excellent dès que la discrétion est nécessaire. Un ou deux magiciens, bien sur, et toi.
- Moi ?
- Tu connais le château de ton père. Tu serviras de guide.
- C'est une farce !
- C'est très sérieux.
- Mais quand aura lieu cette... cette opération ?
- Dans une ou deux semaines, tout au plus
- Ce qui signifie quitter la Tour pendant un mois, peut-être plus. Tous ces dangers !
- A peine arrivé, il s'attache déjà à ce lieu ! Tu m'en vois sincèrement ravie. Rassure-toi, tu ne quittera tes chers livres que deux ou trois jours...
- Mais comment allons-nous faire ? Il nous faudrait voler plus vite que le vent !
- A dos de dragon, évidemment. Comment veux-tu y aller autrement ?